

"Ring Modulator" et "Dead Beat"
Le travail présenté à l'Hôpital Philippe Pinel a pris forme lors de mon séjour dans le lieu et à travers le contact avec ses utilisateurs / occupants / habitants...
Il s'inspire de ma perception de la dynamique du lieu, du tissu de relations qui structurent le site et ses occupants pour proposer quelque chose qui est à la fois un objet métaphorique, un outil de réflexion et un instrument de spéculation.
Le projet advient en fait d'une connexion établie entre plusieurs lieux dissociés :
1 - La salle de musique, assez sommaire, aux instruments usés et abusés pouvant répondre néanmoins à des pulsions mélomanes, une batterie archipourrie avec des bouts de manche de balai qui font office de baguettes.
2 - Le ring de catch tel qu'il m'est raconté et illustré par un des jeunes de l'Hôpital, qui en est fou. Il s'agit concrètement d'un ring surélevé, brut de décoffrage, de dimensions réduites et irrégulières qui recèle un réduit (cagibi) à l'éclairage rouge équipé d'une batterie de percussion...
Le scénario imaginé serait donc le suivant : le batteur, enfermé dans le réduit et donc "aveugle", accompagne un combat qu'il entend seulement, les lutteurs de même. Les deux étages s'alimentent mutuellement selon un principe de "feedback", pour produire soit un dialogue soit une cacophonie. On peut parler d'une communication de la limite, à l'image d'une bonne guerre. Le batteur bat, les lutteurs se battent sur les battements du batteur qui bat selon les ébats des lutteurs...
Le titre, Ring Modulator (modulator en anneau), fait allusion à un effet sonore que l'on retrouve dans la musique électro-acoustique et amplifiée. Un ring modulator combine deux ondes sonores et produit la somme et la différence des fréquences présentes dans chaque onde. Ce processus de modulation génère un signal riche en harmoniques, donnant lieu à des sonorités métalliques ou en forme de cloche.
Le travail est finalement présenté en état de veille, les espaces inaccessibles. Un peu plus loin, un film en noir et blanc montre un corps qui frappe un gros sac noir avec un morceau de bois, à répétition et sans fin, juste devant la projection, un sac contenant un poids mort est suspendu devant un micro sur pied.
F.F.


