
Les artistes d'aujourd'hui privilégient l'usage des médiums contemporains , vidéo, installations, performances . . . Ateliers dérobés vous propose une approche surprenante des pratiques d'ateliers de deux artistes invités cette année à Fiac dans le cadre de Trans Rituels 2. Anika Mignotte et Claudine Londres accrochent du dessin et de la peinture aux cimaises de la galerie d'été de l'association AFIAC.
Claudine Londre
Le papier a besoin de silence. Cela lui va bien au teint. Blancheur monacale : nidifier en elle, y laisser passer l’orage ou les nuages, reposer ses pupilles.
Le dessin au contraire est plein d’ardeur, il veut toujours pousser ses racines à travers la page, parler même quand il n’a rien à dire, courrir nu et se dilater dans l’espace.
Confronter ce qui est ascétique, voire même austère, avec ce qui est libre et débordant ; le silencieux avec le bavard ; les formes dites nobles avec des réminiscences de bande dessinées ; le savoir avec l’impulsif. C’est cette juxtaposition d’éléments contraires que je recherche pour créer une tension particulière dans la composition de mes dessins.
Jamais d’esquisses : elles ruinent la fraîcheur. Parfois lorsque je lance un premier trait au hasard sur la feuille, je ne sais pas quoi en faire et je suis très ennuyée. Car ce tracé ne sait rien, il est aussi aveugle qu’un bourgeon. Puis, à force de rester là, avec lui, des ramifications possibles apparaissent, et c’est alors que le dessin se déroule comme une bobine de fil.
Je procède par cycles : quant une matière à rêver germe en moi (Amazonie, bribes littéraires, affabulations, rennes, dialogues imaginaires, palmiers,…), je l’explore, la développe, et l’approfondis au moyen de grandes séries qui peuvent m’occuper pendant plusieurs mois.
Je prends soin de laisser toujours des espaces entièrement vides sur la feuille afin que l’ensemble respire, et que le regard puisse caboter entre zones turbulentes et zones silencieuses.
Et si le dessin constitue une telle source de plaisir pour moi, c’est bien parce qu’il me fait rebrousser chemin pour me déposer au pied de l’enfance.
Anika Mignotte
de la Forme
ces peintures sont des techniques mixtes sur papier torchon. j'utilise la colle
à bois, la gouache, l'eau et une source de chaleur ... pour alternativement
mouiller et brûler la matière ... qui peu à peu prend forme. la forme qu'elle
veut. car je ne veux, ni ne cherche rien. je guette seulement la forme ... que
j'appelle à se déclarer à l'insu de toute volonté, de toute conscience.
accomplir ce geste, telle l'entrée dans un rituel, est l'histoire d'une lutte
–qui finit par patiner, vieillir et inscrire ..., puis circonscrire ... ce qui
apparaît "en premier" ... ou "en dernier".
les apparitions non envisagées sont celles que je préfère. elles viennent à moi
comme la rencontre d'un être véritablement vivant dans le bouillon de la
colle –d'une intentionnalité véritablement alter dans la précision ou
l'imprécision des contours. ce n'est pas moi. c'est "par moi". c'est juste
l'inconscient qui est là. l'inconscient de moi –seule peut-être, mais surtout
"accompagnée". c'est la rencontre de la forme dans mes tableaux qui me
donne le sentiment dans la vie d'être quelque part "accompagnée".
akmi ( 11 juillet 08 )