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En dix ans, le village et les habitants de FIAC se sont inventé un nouveau totem avec + si affinité. Un rendez-vous impromptu avec la création contemporaine, chez l’habitant, où les artistes, les familles et le public pratiquent trois jours durant, à la période du solstice d’été, un cérémonial unique en son genre. Cette pratique consiste à réinventer à chaque fois une autre façon de créer, de donner et de recevoir tout en renouvelant le rituel de l’art contemporain. En dix ans, de multiples expériences ont pu être ainsi tentés. Elles ont aussi bien touché à l’espace physique et social qu’à l’intime, l’imaginaire, voire le magique. En particulier avec les deux dernières éditions intitulées /Trans-rituels/ qui ont largement fait appel à des cultures et à des concepts non-occidentaux. Pour cette dixième édition, le désir est de tirer une sorte de quintessence de ces approches tout en projetant leur potentiel dans l’avenir. En considérant l’art comme un possible inexploité à même de nourrir la construction du futur. À travers ce titre, le mot « totem » fait référence à la nécessité très actuelle de rétablir des continuités entre l’humain et son environnement, qu’il soit naturel, social, ou spirituel. Tel qu’il a été envisagé par l’ethnopsychanalyse, le totémisme a longtemps été marqué par une vision occidentalo-centriste stigmatisant la rupture entre l’homme moderne et les populations dites « sauvages » ou « primitives ». Ce qui a aussi permis, de Freud à Lévi-Strauss, de jeter les bases d’une nouvelle approche des organisations humaines en reconsidérant les passerelles entre espace physique et espace psychique. Reconsidérer le totémisme aujourd’hui consiste autant à revoir nos processus d’identification avec notre entourage naturel ou social qu’avec nos modes de production de biens matériels et spirituels. Ceci représente sans doute encore l’un des grands tabous auquel la civilisation occidentale se doit de faire face. Le phénomène du tabou, souvent associé à celui du totémisme, renvoie à l’interdit, au silence, et bien souvent à l’évitement. Les processus de « détabouisation» peuvent êtres considérés comme des facteurs d’émancipation, des passages obligés pour effectuer des sauts ou passer des caps. À l’inverse, les tabous peuvent être vus comme des garants de stabilité, d’harmonie et de cohésion interne, au niveau individuel, familial ou social. Que faire en effet de nos tabous, qu’ils soient personnels, intimes, ou bien collectifs et mondialisés ? Que faire aussi de ces totems modernes, actuellement en crise, comme l’argent roi et le profit individuel, les déferlantes d’images standardisées, ou la surmédiatisation ? Telles sont les questions paradoxales que souhaite instruire cette dixième édition de Fiac en misant sur les énergies croisées des artistes, des familles et du public, en vue de projeter une autre socio cosmogonie. Et sans oublier que le totémisme peut aussi être un système d’aide et de protection mutuelle, une méthode permettant aux membres d’une même collectivité de reconstruire ensemble une autre vision du monde.
Pascal Pique & Patrick Tarres
FIAC, les 26, 27 et 28 juin 2009 / Totems sans Tabous
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